Chroniques d’une chercheuse partie 3: la complexité du système de publication

Si la recherche est avant tout l’exercice d’une passion, les scientifiques n’en sont pas moins exempts d’impératifs, et notamment, la publication. En effet, ce processus permet aux jeunes doctorants d’obtenir plus de légitimité et de poids s’ils prétendent intégrer des organismes reconnus de recherche, et d’autre part, d’avoir plus de visibilité et de reconnaissance auprès de leurs pairs ou du public.

Cependant, publier n’est pas une mince affaire, comme en a témoigné notre chercheuse Romane Le Gal, au cours de notre entretien.

La publication: un processus parfois long et complexe

La publication est une facette inhérente à la condition de chercheur. La thèse à elle seule ne donne généralement pas assez de poids, de légitimité aux scientifiques pour intégrer une institution de renom et voir ses travaux financés. C’est pour cette raison qu’effectuer des fameux “post-docs” (cf partie 1 de notre entretien) de plusieurs années, laisse le temps aux chercheurs d’approfondir leurs travaux et remplir leur besace de quelques articles à présenter en renfort.

Romane, au cours de ses 6 années de recherche (thèse et post-doctorat), a déjà publié plus d’une quinzaine d’articles. Et sa cadence de publication s’intensifie. Rien que l’an dernier, elle a en effet publié 2 articles en première auteure, et pas moins de 3 articles en collaboration.
Il faut publier le plus possible si l’on veut prétendre avoir accès aux postes de chercheurs du CNRS ou du CNAP

Elle nous a également confié que l’écriture d’un article n’était ni facile ni difficile en soi mais plus un travail de longue haleine: “cela dépend des auteurs, il y a beaucoup de travail bibliographique pour connaitre les travaux d’autres chercheurs sur le sujet. Cela dépend aussi beaucoup du directeur de recherche au sein des universités qui donne les directives concernant les sujets à travailler, qui nous aide plus ou moins”

Les États-unis et la France: quelques disparités

Les systèmes américains et français sont assez différents en ce qui concerne la publication scientifique:
Aux Etats-unis les chercheurs font face au fameux “publish or perish” afin de trouver rapidement des financements qui n’excèdent pas, en général, plusieurs années. C’est une vision légèrement plus “court-termiste”.
Les scientifiques américains ont aussi plus de volonté « d’outreach »: de vulgarisation et de médiatisation de leurs travaux. Le gros du travail de vulgarisation se fait surtout au travers de conférences, mais aussi par une utilisation de plus en plus croissante des réseaux sociaux.

Tandis qu’en France, les chercheurs ont une pression assez moindre, étant donné qu’ils occupent souvent le statut de chercheur permanent, qui, à part faute grave, est assez difficile à perdre.
Toutefois, cette pression tend à se généraliser, et ce même en France, car si la plupart des universités ou organismes financent le salaire des chercheurs, ces derniers doivent cependant faire de plus en plus de demandes de bourses de recherche complémentaires pour financer leurs travaux, se rapprochant du modèle américain.

En général, c’est l’université qui paye pour nous fournir l’accès aux données dont on a besoin. Ce sont aussi soit les PI (Principal Investigator) aux USA, soit les instituts en France qui payent pour la publication, qui peut d’ailleurs vite devenir très chère.
Cependant d’autres institutions dans lesquelles certains de mes amis travaillent ne payent pas pour ces données, ou ne payent plus, et je reçois donc souvent des petites demandes de collègues : puisque tu es à Harvard et que tu as accès à ces données gratuitement peux-tu me les envoyer?” 

Globalement, le système de publication actuel est assez complexe. Les chercheurs doivent surtout essayer de publier dans des “high impact factor journals” pour être reconnus. Or parfois, les jeunes auteurs ne parviennent pas à publier dans ces grandes revues.

Ce témoignage de Romane renforce la conviction de GinGo et de nombreux autres de croire en l’Open access. Ce système alternatif doit être envisagé, afin de permettre à Romane et à de nombreux autres chercheurs de faire connaître leurs travaux, sans aucun pression financière. Afin que la science demeure un outil de partage, et non un produit financier…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.